Synergie entre la société civile, la recherche et la lutte contre le paludisme
A l’occasion de la commémoration de la 18è JMLP, la ville de Yaoundé a abrité le 24 avril 2025, un symposium scientifique sous le thème de « La recherche et les innovations en faveur de la lutte contre le paludisme ». Organisé par le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) en collaboration avec Impact Santé Afrique (ISA) et le soutien de ses partenaires (Expertise France, l’Initiative, OCEAC, CRID, Plan Cameroun, CHAI, Universités de Yaoundé I et Dschang, les Instituts NKAFU et Fonbang Foundation et les membres du réseau de la société civile CS4ME), l’événement a réuni chercheurs, sectoriels, parlementaires, partenaires techniques ainsi que des représentants de la société civile sous la modération de l’Organisation de Coordination pour la lutte contre les Endémies en Afrique Centrale (OCEAC).
À cet effet, plusieurs communications structurées autour de trois grandes sections ont été présentées : la recherche scientifique et l’innovation, la recherche opérationnelle, et les bonnes pratiques. En complément, un panel de haut niveau s’est tenu sur le thème : « Innovation et plaidoyer : synergie d’action dans la lutte contre le paludisme ».
La première section du programme a permis d’aborder les défis scientifiques et techniques actuels dans la lutte contre le paludisme. Les échanges ont porté sur des thématiques essentielles telles que la résistance croissante aux traitements antipaludiques, la diversité génétique des parasites, ainsi que les enjeux liés à la lutte antivectorielle. Des innovations majeures ont également été mises en évidence, notamment l’introduction des vaccins, les approches basées sur les techniques génétiques, et les applications de l’intelligence artificielle. Ces présentations, menées par l’OCEAC, l’Université de Dschang, le CRID et l’Université de Yaoundé 1, ont souligné :
– L’urgence de renforcer la surveillance moléculaire,
– d’ajuster les stratégies face aux résistances émergentes,
– et d’impliquer davantage les communautés locales pour garantir la durabilité des interventions.
Dans cette continuité, la deuxième section dédiée à la recherche opérationnelle s’est inscrite comme un prolongement logique du programme. Cette séquence a mis en évidence le rôle central de la recherche opérationnelle comme interface entre la recherche fondamentale et la mise en œuvre des programmes de santé publique. Pour mémoire, la recherche opérationnelle emprunte à la science sa rigueur méthodologique et ses outils d’analyse, tout en s’attachant à produire des résultats directement utilisables. Elle permet ainsi de tester, d’ajuster et d’optimiser les interventions sanitaires en fonction des contextes locaux, contribuant à rendre les politiques de santé plus efficaces et plus équitables. Les travaux ont été présentés par des organisations Fobang Institute, la Clinton Health Access Initiative (CHAI), la Foretia Foundation et Impact Santé Afrique (ISA). Leurs interventions ont permis de faire émerger des pistes d’amélioration concrètes, à la fois techniques et sociales. Il a notamment été question de :
– Optimiser la collecte et la qualité des données de santé
– Promouvoir une participation plus active des femmes dans les efforts de lutte antivectorielle
– Surmonter les barrières socioculturelles à l’accès aux soins
En ce qui concerne la dernière section portant sur les programmes et les bonnes pratiques, le clinicien de l’Hôpital Général de Yaoundé et Impact Santé Afrique ont mis l’accent sur des retours d’expérience pratiques et des études de cas, notamment sur la surveillance communautaire des populations vulnérables, et les stratégies inspirantes tirées de la région du Grand Mékong pour l’élimination du paludisme. Les échanges ont permis de rappeler l’importance d’adapter les pratiques aux contextes locaux, d’impliquer davantage le secteur privé et les ONG, et de renforcer la collaboration entre chercheurs, cliniciens et communautés locales pour des réponses plus efficaces.
Parmi les différentes contributions enregistrées, il convient de souligner particulièrement celle de l’OCEAC, qui, dans sa présentation sur la situation et les défis de la lutte contre le paludisme en Afrique, a insisté sur l’urgence de combiner plusieurs stratégies (moustiquaires imprégnées, lutte anti larvaire, moustiquaires combinées, gestion de l’environnement, amélioration de l’habitat…) afin d’optimiser la lutte contre la maladie. De son côté, l’Université de Yaoundé 1, à travers sa présentation sur l’émergence d’un marqueur validé de résistance à l’artémisinine dans le Nord Cameroun, a alerté sur la présence préoccupante de ces marqueurs de résistance. Le CRID, pour sa part, a mis en avant, dans sa communication sur les outils innovants de lutte antivectorielle, la nécessité d’introduire de nouveaux insecticides. L’Hôpital Général a quant à lui exposé des cas cliniques illustrant des formes de paludisme négligées chez l’enfant.
Dans un autre registre, Impact Santé Afrique a présenté un outil stratégique essentiel pour renforcer l’implication communautaire dans la résolution des problèmes de santé : le Community Led Monitoring (CLM). Enfin, le PNLP a dévoilé les grandes orientations de son Plan stratégique 2024-2028, axées principalement sur le renforcement de la recherche et l’engagement actif des communautés.
PANEL
Ce panel de discussion réunissait des chercheurs, notamment de l’OCEAC et de l’Université de Dschang, ainsi que des représentants de la société civile des organisations Approche Participative Développement et Santé de Proximité et l’Organisation de la Femme pour l’Islam sans Frontière. Soulignant l’importance de renforcer la collaboration entre chercheurs et communautés, les échanges issus dudit panel ont mis en avant la nécessité pour la société civile d’utiliser efficacement les résultats de recherche, en insistant sur l’implication des communautés dès la conception des projets, ainsi que sur la simplification et la diffusion des données pour les rendre accessibles et utiles localement.
Au fil des échanges, plusieurs recommandations ont émergé, dont la principale déjà opérationnelle, concerne la création d’une plateforme réunissant chercheurs, société civile et PNLP. Ladite plateforme a entre autres pour prérogatives de :
– Coordonner les secteurs santé, agriculture et environnement pour éviter les chevauchements nuisibles dans l’usage des insecticides ;
– Favoriser la transparence sur les traitements, leur efficacité et les résistances ;
– Valoriser les savoirs et plantes médicinales locales, en les intégrant dans des approches scientifiques ;
– Et faciliter la diffusion des données scientifiques, en les rendant accessibles et compréhensibles et exploitables par acteurs communautaires.

